An aerial photograph of the Dachau concentration camp. USHMM (06737), courtesy of National Archives and Records Administration.
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Prisoners' barracks in the Dachau concentration camp. USHMM (37255), courtesy of National Archives and Records Administration.
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Le 20 mars 1933, quelques semaines après l’accession au pouvoir de Hitler, Heinrich Himmler annonçait par voie de presse :

Le mercredi 22 mars 1933, le premier camp de concentration sera ouvert dans les environs de Dachau. Il peut contenir 5 000 personnes. Ici seront réunis la totalité des communistes et, autant que nécessaires, les fonctionnaires de la Reichsbanner [organisation de gauche] et du Parti social-démocrate qui menacent la sécurité de l’État, puisqu’il est impossible à long terme et trop coûteux pour l’État de les héberger dans les prisons du gouvernement. Il est devenu clair qu’il n’est pas viable de laisser ces personnes libres, puisqu’elles continuent à fomenter des troubles et empêcher la paix. Nous avons adopté cette mesure sans nous laisser dissuader par de dérisoires scrupules, avec la conviction que notre action aidera à restaurer le calme dans notre pays et que c’est dans l’intérêt de notre peuple.

Ainsi fut annoncée sur le sol allemand la formation d’un camp qui aura la particularité d’être celui sous autorité nazie avec la plus longue existence, fonctionnant de 1933 à 1945.

Établie à moins de 20 kilomètres au nord-est de la ville de Munich en Bavière, la ville de Dachau était célèbre depuis la fin du xixe siècle comme centre culturel, refuge de nombreux artistes. Avec l’éclatement de la Première Guerre mondiale en 1914, une usine de poudre avait été construite en bordure de la ville, et fermée après la guerre. L’usine abandonnée hébergeait le camp principal, bien qu’il ait été étendu et modifié fréquemment durant ses douze années d’opération. Dès le début, les dirigeants nazis assignèrent à Dachau le rôle de centre de dressage pour le personnel concentrationnaire SS. L’organisation et le quotidien du camp devaient servir de modèle pour les camps ultérieurs.

Ceux qui étaient internés dans le camp de les premières années, pour « rééducation » ou « détention préventive » (Schutzhaft) étaient principalement des membres d’organisations anti-nazies, de mouvements de résistance et de groupes religieux. Les premiers prisonniers juifs y furent envoyés en raison de leurs convictions politiques, non pour leur religion ou leur « race ». Cependant, après le pogrom surnommé « Nuit de Cristal » (Kristallnacht) et le rattachement de l’Autriche, des milliers de Juifs y furent envoyés. Avec l’afflux de détenus relevant de diverses catégories, particulièrement après le début de la guerre, les prisonniers politiques restèrent majoritaires, et ils conservèrent les postes-clés au sein de la hiérarchie des détenus tout au long de l’existence du camp. Cet élément eut d’importantes répercussions sur les activités culturelles à Dachau. Les prisonniers politiques étaient plus enclins à maintenir une opposition active au régime durant leur incarcération, et leur pouvoir relatif dans la hiérarchie faisait qu’ils pouvaient organiser des événements entre eux et assister d’autres prisonniers dans la mise en place de rassemblements clandestins.

Le quotidien à Dachau changea notablement au fil des années, en fonction des exigences de l’Administration centrale des camps, mais aussi en fonction des saisons et des lubies des commandants ou du personnel SS. Le temps libre à Dachau fut toujours limité, mais il y eut des périodes de détente ; des jeux furent permis sur de courtes périodes de repos jusqu’en 1938. À partir de 1941 l’autorisation d’organiser des activités culturelles et des distractions fut à nouveau donnée : des spectacles de théâtre, des concerts, des revues et des conférences furent organisés et une bibliothèque fut construite. Alors que le Reich essuyait des revers en 1943, le travail forcé devint décisif, et les conditions dans les camps furent légèrement améliorées dans le but d’augmenter la productivité : des rations supplémentaires furent allouées, des colis purent être reçus par certaines catégories de prisonniers et quelques activités sportives et culturelles furent autorisées. Les conditions empirèrent rapidement à l’automne 1944 avec l’imminence de la défaite. En dehors de ces brèves périodes où la tolérance des autorités était légèrement plus grande, les détenus de Dachau firent également de la musique de façon clandestine tout au long de l’existence du camp.

Sources

Baaske, A., 1991. Musik in Konzentrationslagern, Freiburg im Breisgau: The Projektgruppe.

Balfour, M. ed., Theatre and War 1933-1945: Performance in Extremis, Polygons.  

Cummins, P., 1992. Dachau Song: The Twentieth Century Odyssey of Herbert Zipper, New York: Peter Lang.  

Fackler, G., 2000. "Des Lagers Stimme"– Musik im KZ. Alltag und Häftlingskultur in den Konzentrationslagern 1933 bis 1936, Bremen: Temmen.  

Focht, J. & Nauderer, U.K., 2002. Musik in Dachau, Dachau: Zweckverband Dachauer Galerien und Museen.  

Hippen, R., 1988. Es Liegt in der Luft: Kabarett im Dritten Reich, Zürich: Pendo-Verlag.

Kuna, M., 1993. Musik an der Grenze des Lebens: Musikerinnen und Musiker aus Böhmischen Ländern in Nationalsozialistischen Konzentrationslagern und Gefängnissen, Frankfurt/M.: Zweitausendeins.  

Lammel, I. & Hofmeyer, G. eds., 1962. Lieder aus den Faschistischen Konzentrationslagern, Leipzig: Friedrich Hofmeister.  

Rovit, R. & Goldfarb, A., 1999. Theatrical Performance during the Holocaust: Texts, Documents, Memoirs, Baltimore and London: The Johns Hopkins University Press.  

Stompor, S., 2001. Jüdisches Musik- und Theaterleben unter dem NS-Staat, Hannover: Europäisches Zentrum für Jüdische Musik.

Témoignages

Adam, Walter, Nacht über Deutschland: Erinnerungen an Dachau, Wien, 1947.

Arthofer, Leopold,  Als Priester im Konzentrationslager: Meine Erlebnisse in Dachau, Wien, Moser Verlag, 1947.

Braun, Shony Alex, From Concentration Camp to Concert Hall, Los Angeles, Alex Braun, 1985.  

Dunin-Wasowicz, Krzysztof, Resistance in the Nazi Concentration Camps 1933-1945, Warsaw, Polish Scientific Publishers, 1982.  

Ferber, Walter, 55 Monate Dachau: Ein Tatsachenbericht, Bremen, Donat, 1993.  

Gostner, Erwin, 1000 Tage im KZ: Ein Erlebnisbericht aus den Konzentrationslagern Dachau, Mauthausen und Gusen, Innsbruck, 1945.  

Heilig, Bruno, Men Crucified: An Account of Experiences in Concentration Camps, London, Eyre & Spottiswoode, 1941.

Röder, Karl, Nachtwache: 10 Jahre KZ Dachau und Flossenbürg, Wien, Böhlau, 1985.