En décembre 1938, le Lagerführer Arthur Rödl, chef du camp de Buchenwald, décide de doter le camp d’un chant, promettant même une récompense que les gagnants ne toucheront finalement jamais. Le Buchenwaldlied est composé en 3 jours par Hermann Leopoldi sur un texte de Fritz Löhner-Beda, librettiste de Franz Lehár. Destiné à encourager la volonté de résister, le chant plaît tellement à Rödl qu’il en ordonne des heures exténuantes de répétition collective dans le camp, accompagnées par l’orchestre des détenus. Certains prisonniers témoigneront cependant avoir chanté cet hymne avec une volonté de résistance. Ainsi Robert Leibbrand : « Quand l’ordre était donné de chanter, nos yeux se tournaient vers le crématoire dont les flammes montaient vers le ciel. Nous mettions toute notre haine dans ce chant. »

Le « Buchenwaldlied », extrait de la Boder Collection, USHMM, courtesy of the US Holocaust Memorial Museum, Washington DC

Le Buchenwaldlied (Hymne de Buchenwald)

Wenn der Tag erwacht, eh‘ die Sonne lacht,
die Kolonnen ziehn zu des Tages Mühn
hinein in den grauenden Morgen.
Und der Wald ist schwarz und der Himmel rot,
und wir tragen im Brotsack ein Stückchen Brot
und im Herzen, im Herzen die Sorgen.

O Buchenwald, ich kann dich nicht vergessen,
weil du mein Schicksal bist.
Wer dich verließ, der kann es erst ermessen,
wie wundervoll die Freiheit ist!
O Buchenwald, wir jammern nicht und klagen,
und was auch unsre Zukunft sei –
║: wir wollen trotzdem „ja“ zum Leben sagen,
denn einmal kommt der Tag –
dann sind wir frei! :

Quand le jour se lève et que le soleil rit,
Les colonnes marchent vers leur peine quotidienne,
Dans le matin morne.
Noire est la forêt et rouge est le ciel.
Dans notre sac nous n’avons qu’un bout de pain sec,
Et au cœur, au cœur, des angoisses.

O Buchenwald, je ne peux pas t’oublier
Car tu es ma destinée.
Qui te quitte alors seulement peut juger
Comme la liberté est merveilleuse !
Ô Buchenwald, nous ne nous lamentons ni nous plaignons,
Et quel que soit notre futur,
Nous voulons malgré tout dire oui à la vie,
Car le jour viendra
Où nous seront libres !

Unser Blut ist heiß und das Mädel fern,
und der Wind singt leis, und ich hab sie so gern,
wenn treu, wenn treu sie mir bliebe!
Die Steine sind hart, aber fest unser Schritt,
und wir tragen die Picken und Spaten mit
und im Herzen, im Herzen die Liebe!

O Buchenwald ...

Notre sang est chaud et la fille est loin.
Le vent souffle doucement, et je l’aimerais tellement.
Si seulement elle pouvait me rester fidèle !
Et les pierres sont dures, mais  nos pas sont fermes,
Et nous portons nos pics et nos pioches
Et au cœur l’amour, au cœur l’amour.

Oh, Buchenwald…

Die Nacht ist so kurz und der Tag so lang,
doch ein Lied erklingt, das die Heimat sang,
wir lassen den Mut uns nicht rauben!
Halte Schritt, Kamerad, und verlier nicht den Mut,
denn wir tragen den Willen zum Leben im Blut
und im Herzen, im Herzen den Glauben!

O Buchenwald ...

La nuit est si courte et le jour si long,
Mais un chant s’élève, qui chante notre patrie
Nous ne nous laissons pas voler notre courage !
Halte au pas, camarade, et ne perds pas courage,
Car nous portons la volonté de vivre dans notre sang,
Et au cœur, au cœur la foi !

Oh, Buchenwald…

Concentration Camp Buchenwald, December 1938
Lyrics: Fritz Löhner-Beda
Melody: Hermann Leopoldi