Paroles

1. Pour le repos, le plaisir du militaire,
Il est là-bas à deux pas de la forêt
Une maison aux murs tout couverts de lierre
« Aux tourlourous »*, c’est le nom du cabaret 
La servante est jeune et gentille,
Légère comme un papillon.
Comme son vin son œil pétille,
Nous l’appelons la Madelon
Nous en rêvons la nuit, nous y pensons le jour,
Ce n’est que Madelon mais pour nous c’est l’amour

Refrain
Quand Madelon vient nous servir à boire
Sous la tonnelle on frôle son jupon
Et chacun lui raconte une histoire
Une histoire à sa façon
La Madelon pour nous n’est pas sévère
Quand on lui prend la taille ou le menton
Elle rit, c’est tout le mal qu’elle sait faire
Madelon, Madelon, Madelon !

2. Nous avons tous au pays une payse
Qui nous attend et que l’on épousera
Mais elle est loin, bien trop loin pour qu’on lui dise
Ce qu’on fera quand la classe rentrera
En comptant les jours on soupire
Et quand le temps nous semble long
Tout ce qu’on ne peut pas lui dire
On va le dire à Madelon
On l’embrasse dans les coins. Elle dit : « Veux-tu finir... »
On s’figure que c’est l’autre, ça nous fait bien plaisir.

3. Un caporal en képi de fantaisie
S’en fut trouver Madelon un beau matin
Et, fou d’amour, lui dit qu’elle était jolie
Et qu’il venait pour lui demander sa main
La Madelon, pas bête, en somme,
Lui répondit en souriant :
« Et pourquoi prendrais-je un seul homme
Quand j’aime tout un régiment ?
Tes amis vont venir. Tu n’auras pas ma main
J’en ai bien trop besoin pour leur verser du vin. »

* Au début du siècle, le tourlourou était un soldat de l’infanterie et le terme désignait alors par extension les comiques troupiers. Après la Première Guerre mondiale, le nom du cabaret sera modifié et deviendra « Aux vrais poilus ».

« La Madelon », originellement dénommée « Quand Madelon… », est une chanson écrite en 1913 par Louis Bousquet sur une musique de Camille Robert. Elle évoque des soldats loin de leurs foyers qui voient en la jeune serveuse Madelon qu’ils courtisent, l’aimée et les familles qu’ils ont laissées. Elle est créée en 1914 par le Charles-Joseph Pasquier, alias Bach, chanteur de comique troupier, et rencontre tout d’abord très peu de succès. C’est l’éclatement de la Première Guerre mondiale qui lui assure la renommée et le chant se propage rapidement au sein des régiments, notamment par le biais des spectacles donnés par Bach pour les soldats au front. Le chant sera traduit par la suite dans diverses langues.

En 1939, le chant est remis à l’honneur par la chanteuse Marlene Dietrich pour marquer la prise de la Bastille du 14 juillet 1789. Le chant sera également souvent entonné pour commémorer la fin de la guerre chaque 11 novembre. Durant l’Occupation, les Français continuèrent à célébrer ce jour malgré l’interdiction des nazis. En 1940, 5.000 étudiants parisiens se réunirent à l’Arc de Triomphe. Trois ans plus tard, un groupe de combattants résistants du maquis répéta l’événement près de Genève en hommage à ceux qui avaient péri dans la lutte contre les nazis. Des paroles propres à la Résistance furent alors ajoutées en acte de défiance. Près d’une trentaine de versions fut collectée par le musicien Paul Arma après la Libération et stockée dans ses archives.


« La Madelon », chantée par Bach, 1919.