La Ligue de combat pour la culture allemande ou Kampfbund für deutsche Kultur (KfDK) fut fondée en 1928 par l’idéologue nazi Alfred Rosenberg dans l’optique de promouvoir la culture allemande et de combattre la « menace » culturelle du « libéralisme ». Cette organisation avait été conçue en direction de l’élite de la nation, bien que dans les faits elle se soit davantage distinguée par des interruptions de concerts ou de cours de musique, des insultes et des menaces à l’encontre d’artistes, ou la diffusion d’écrits violemment antisémites et autres appels au boycott par voie de presse.

Durant ses premières années d’existence, la KfdK, de moindre ampleur et organisée autour de sections locales, attire nombre d’intellectuels et de plus en plus de musiciens. Suivant son programme affiché de combattre les « influences dégénérées des Juifs et des nègres », elle met toute son énergie à encourager le « nettoyage » des musées et programmes de concerts, mais aussi du monde universitaire et artistique. La KfdK attire alors des antisémites et des nationalistes radicaux, ceux qui s’étaient sentis trahis après la défaite de 1918 par le Traité de Versailles, et tous ceux qui haïssent les tendances artistiques modernes et « cosmopolites » de la République de Weimar.

Initialement, la KfdK n’était pas agressive et s’appuyait davantage sur des conférences et de la propagande, ou sur l’intimidation. Après l’arrivée au pouvoir de Hitler en 1933, elle devient de plus en plus violente avec l’aide des SA (« chemises brunes ») et renouvelle ses techniques et son terreau d’adhérents. Elle dispose de son propre orchestre, qui joua notamment pour un concert spécial à l’occasion d’un anniversaire de Hitler. Elle acquiert également un contrôle notable sur le journal musical Die Musik, qui devient le porte-parole des opinions racistes et nationalistes en matière de musique.

Rosenberg, l’organisateur de la KfdK, espérait devenir l’homme fort du régime nazi en matière de culture. Mais c’est finalement Joseph Goebbels qui obtient de Hitler le contrôle sur la vie artistique, par la création de la Chambre de culture du Reich (Reichskulturkammer) ; rattachée au ministère de la Propagande, et donc sous autorité directe de Goebbels, elle représente une menace sérieuse pour la KfdK. Progressivement, Rosenberg est marginalisé, tandis que la KfdK est intégrée à l’organisation « La Force par la Joie » (Kraft durch Freude) dès 1934. Elle agit dès lors comme un groupe de pression combattant pour les droits des artistes « aryens » et pour l’exclusion des autres. Mais même cet instant d’indépendance toute relative est bref et en 1937, la KfdK est entièrement dissoute au sein de multiples organisations culturelles du régime et du parti.

Sources

Heister, Hanns-Werner (dir.), “Entartete Musik” 1938 – Weimar und die Ambivalenz, Saarbrücken, Pfau-Verlag, 2001, 2 vol.

Huynh, Pascal (dir.), Le Troisième Reich et la musique, Catalogue de l’exposition du 8 octobre 2004 au 9 janvier 2005, Paris, Musée de la Musique/Fayard, 2004.

Kater, Michael, The Twisted Muse: Musicians and their Music in the Third Reich, Oxford, Oxford University Press,1997.

Levi, Erik, Music in the Third Reich, London, Macmillan, 1994.

Meyer, Michael, The Politics of Music in the Third Reich, New York, Peter Lang, 1993.

Petit, Élise, Musique et politique en Allemagne, du IIIe Reich à l’aube de la guerre froide, Paris, PUPS, 2018.

Prieberg, Fred, Musik im NS-Staat, Frankfurt/M, Fischer, 1982.