La résistance au nazisme fut omniprésente et prit des formes diverses et variées. Ce guide de l’enseignant s’intéresse à quelques-unes de ces formes impliquant la musique. La première leçon porte sur le rôle de la chanson dans la résistance spirituelle au nazisme, en prenant pour exemples des « hymnes concentrationnaires » composés et chantés dans des camps.

Entre 1941 et 1943, des mouvements de résistance clandestine se mirent en place dans près de 100 ghettos dans l’Europe de l’Est occupée (soit près d’un quart des ghettos), particulièrement en Pologne, Lituanie, Biélorussie et en Ukraine. Leur objectif principal était de provoquer des soulèvements et des révoltes au sein des ghettos et de rejoindre des unités partisanes dans le combat contre les nazis. Les Juifs savaient que les révoltes ne détourneraient pas les nazis de leur entreprise de destruction et que seule une poignée de combattants pourraient parvenir à s’échapper pour rejoindre les partisans. Malgré cela, certains prirent la décision de résister. La deuxième leçon s’intéresse au répertoire de ces partisans en Europe de l’Est et aborde également le « Chant des Partisans » composé pour la Résistance en France.

Devant la menace nazie, des artistes juifs parviendront à quitter l’Europe avant qu’il ne soit trop tard ou, grâce à de faux papiers, à s’échapper vers des pays libres. Installés dans leur pays d’accueil, certains poursuivront leurs activités musicales. L’interaction avec les musiciens sur place sera bénéfique et influencera la musique composée de part et d’autre. Ce sera l’objet de la troisième leçon.

Leçon 1 : Les hymnes des camps

Leçon 1 : Les hymnes des camps

Objectif

Comprendre comment un art peut servir à résister.
Être sensible aux enjeux esthétiques et humains d’une œuvre artistique.
Savoir comparer des chansons d’un répertoire commun pour en dégager des caractéristiques.

Compétences mobilisées :

Domaines 1, 3 et 5 du Cycle 4 du Socle commun de connaissances, de compétences et de culture

Ressources :

Avant de commencer l’activité, lire l’article « Les Hymnes des camps de concentration » : http://holocaustmusic.ort.org/fr/places/camps/camp-anthems/


ACTIVITÉ 1 – La notion de résistance

À lire avant de commencer cette activité : http://holocaustmusic.ort.org/fr/places/camps/music-early-camps/moorsoldatenlied

Les premiers camps, dits de « détention préventive », ouvrent dès la fin du mois de février 1933 pour incarcérer principalement des opposants politiques suite à l’incendie du Reichstag. Dans ces camps, les détenus sont victimes de la violence arbitraire des SA ou des SS en charge de leur surveillance. Ils sont également soumis au travail de force pour construire des routes ou assécher des marais par exemple. Les activités musicales sont tolérées dans certains camps le dimanche, comme à Börgermoor. C’est dans ce camp que naît le Börgermoorlied (« Chant de Börgermoor ») connu en France comme le « Chant des Marais », interprété pour la première fois le 27 août 1933 à l’occasion du spectacle Zirkus Konzentrazani.

Recherches et réflexions

Faire réfléchir les élèves au concept de « résistance », à partir de diverses définitions trouvées. À partir de l’idée de « combat » contre le régime, questionner les diverses formes que prit ce combat : armée, intellectuelle, religieuse, artistique, etc. 


ACTIVITÉ 2 – Étude d’un répertoire musical : les Lagerlieder (hymnes des camps)

L’étude des paroles de 3 chants, nés dans des camps et des contextes différents, révèle des caractéristiques communes : évocation du dur quotidien, nostalgie de la famille et de la patrie, espoir en un avenir meilleur, appel à la solidarité... Sur le plan musical, on pourra noter la pulsation très marquée proche des chants de marche, le passage du mode mineur (évocation des conditions de vie et de la nostalgie) au majeur (appel à la solidarité), etc.

Analyse textuelle et musicale des hymnes

On pourra diviser la classe en 3 groupes et assigner à chacun un chant pour en identifier les caractéristiques. La mise en commun aidera à dégager des points semblables. Quelques éléments d’explication pourront être trouvés à ces similitudes : copie clandestine de certains chants, nombreux transferts de prisonniers d’un camp à un autre, transfert de personnel SS également, etc.

Écoute 1 : « Le Chant des marais » https://www.youtube.com/watch?v=LYB91ABu9kI

Traduction française (de la version arrangée par Hanns Eisler) établie par un ou une détenu·e dans un camp de concentration.

Pour l’étude du chant, on pourra s’aider du document proposé par le Musée de la Résistance et de la Déportation du Cher :
http://www.resistance-deportation18.fr/IMG/pdf/Le_chant_des_marais.pdf

Écoute 2 : « Buchenwaldlied », « Chant de Buchenwald »

Suivant l’exemple de Börgermoor, de nombreux camps se dotent de leur propre hymne. À Buchenwald, le commandant ordonne la création d’un tel chant. À ce sujet, lire : http://holocaustmusic.ort.org/fr/places/camps/central-europe/buchenwald/buchenwaldlied/

Écoute 3 : « Dachaulied », « Chant de Dachau »

Dans d’autres camps, comme le montre le cas de Dachau, la composition d’hymnes est spontanée et l’initiative vient des détenus, qui le transmettent clandestinement : http://holocaustmusic.ort.org/fr/places/camps/music-early-camps/dachau/dachaulied/


ACTIVITÉ 3 – Discussion

La discussion pourra porter sur l’aide spirituelle qu’a pu apporter la musique dans de telles conditions de détention, en faisant rechercher des témoignages à ce sujet, et en n’oubliant pas que la musique servait également des fonctions destructrices dans le système concentrationnaire.

Écoutes complémentaires

On pourra faire écouter d’autres hymnes de camps mais aussi différentes versions du « Börgermoorlied », arrangé selon des esthétiques traditionnelles (corse, grecque) ou populaires (rock, chanson), pour en saisir son caractère universel et toujours actuel.


Activités complémentaires

À partir des définitions du terme « résistance » et des exemples de ces hymnes de camps, on pourra enfin faire élargir les recherches à d’autres chants nés à des époques antérieures ou postérieures : le répertoire des chants de la Révolution française, les chansons composées contre la guerre au Vietnam, les chansons de « déserteurs » (Boris Vian et Renaud), etc.


Enregistrements

Fietje Ausländer, Susanne Brandt et Guido Fackler (éd.), Das „Lied der Moorsoldaten“. Bearbeitungen, Nutzungen, Nachwirkungen, Papenburg, Dokumentations- und Informationszentrum Emslandlager (DIZ), 2008, 2 CD. Ce coffret propose 33 versions différentes du « Börgermoorlied », sur les 170 enregistrements recensés par le DIZ.

Ausländer, Fietje / Brandt, Susanne / Fackler, Guido: „O Bittre Zeit. Lagerlieder 1933 bis 1945“. Papenburg: DIZ Emslandlager, 2006, 3 CD. Ce coffret est une anthologie des hymnes composés dans les camps. On y retrouve les 3 hymnes étudiés et de nombreux autres.

http://www.diz-emslandlager.de/shop/shop_index.html


Ressources

Des chansons antimilitaristes contre la Première Guerre mondiale : https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3351

Leçon 2 : Les chants de partisans

Leçon 2 : Les chants de partisans

Objectif

Être sensible aux enjeux esthétiques et humains d’une œuvre artistique.
Relier des musiques à des événements historiques.
Savoir comparer des chansons d’un répertoire commun pour en dégager des caractéristiques.
Avoir une attitude critique et réfléchie vis-à-vis de l’information disponible. 

Compétences mobilisées :

Domaines 1, 3 et 5 du Cycle 4 du Socle commun de connaissances, de compétences et de culture

Ressources :

Avant de commencer l’activité, lire l’article « La résistance juive armée : les Partisans » sur le site de l’USHMM : https://www.ushmm.org/wlc/fr/article.php?ModuleId=189


ACTIVITÉ 1 – Les partisans juifs durant la Seconde Guerre mondiale

À lire avant de commencer cette activité : http://holocaustmusic.ort.org/fr/resistance-and-exile/partisans/

Recherches

On pourra faire effectuer des recherches sur les définitions du terme « Partisan », qui désigne durant la Seconde Guerre mondiale la résistance armée juive, en-dehors de la France où le terme est plus générique.

Partisans du ghetto de Vilnius

Écoute 1 : http://holocaustmusic.ort.org/places/ghettos/vilna/zog-nit-keynmol/

« Zog nit keynmol az du geyst dem letstn veg » (« Ne dis jamais que c’est ton dernier chemin »), également dénommé « Chant des Partisans », est peut-être le plus connu des chants en yiddish créés pendant la Shoah. Il est né dans le ghetto de Vilnius en 1943.

Écoute 2 : http://holocaustmusic.ort.org/fr/places/ghettos/vilna/partizaner-marsh/

La « Partizaner-Marsh » ou « Marche des Partisans » a également été écrite dans le ghetto de Vilnius en 1943, par Shmerke Kaczerginski sur une musique de Hanns Eisler.

Analyse comparative

Ces deux chants sont nés à quelques semaines d’écart, alors qu’il s’agissait de motiver les partisans au combat contre le nazisme, à l’intérieur ou à l’extérieur du ghetto de Vilnius. On pourra y déceler de nombreuses caractéristiques communes.


ACTIVITÉ 2 – La Résistance en France

À lire avant de commencer cette activité : http://holocaustmusic.ort.org/fr/resistance-and-exile/french-resistance/le-chant-des-partisans/

Écoute 3 : http://anna-marly.narod.ru/pesni.html/le_chant_des_partisans.mp3

« Le chant des Partisans » ou « Chant de la Libération » a été composé en 1942 par la chanteuse russe Anna Marly pour rendre hommage aux partisans russes qui s’étaient illustrés dans la bataille de Smolensk en 1941. Elle l’interprète pour la première fois à Londres en russe. La chanson plaît immédiatement à Joseph Kessel et Maurice Druon, arrivés depuis peu à Londres ; ils en écrivent les paroles françaises. La version française est diffusée pour la première fois en mai 1943 sur les ondes de la BBC anglaise.

Analyse

Pour l’analyse du texte et de la musique, on pourra s’aider des nombreuses ressources disponibles en ligne. Pour une orientation musicale : https://musique-en-coulisses.fr/wp-content/uploads/2011/10/3s22.pdf. Pour une approche plus générale : http://www.ac-grenoble.fr/college/pagnol.valence/file/HDA/EducationMusicale/HDAChantPartisansDoc2.pdf

On pourra également étudier l’illustration de la partition originale

Partition originale publiée en 1944. Source : Conservatoire de Musique Militaire de l’Armée de Terre


ACTIVITÉ 3 – Discussion, analyse et recherches complémentaires

Trois chants composés en 1943

On pourra diviser la classe en 3 groupes et assigner à chacun l’un des 3 chants précédents pour en identifier les caractéristiques. La mise en commun aidera à dégager des points semblables et des différences.


Questionnements

  1. Pourquoi l’année 1943 ? Une année d’intensification des activités de résistance.
  2. Pourquoi prendre une mélodie existante pour une chanson (partisans de Vilnius) ? Économie de moyens, facilité pour le public qui connaît déjà la mélodie.
  3. Pourquoi privilégier la forme strophique (sans refrain) ? Pour faciliter la mémorisation.

Les outils pédagogiques disponibles sur divers sites de ressources mentionnés ci-après fourniront des pistes d’élargissement et de recherches complémentaires


Ressources pédagogiques

https://www.reseau-canope.fr/cnrd/ephemeride/845 : Outre l’historique détaillé de la naissance du « Chant des Partisans » français, il offre des liens vers d’autres versions du chant, vers une interview donnée par Anna Marly à propos de la composition du chant, ainsi que vers d’autres compositions d’Anna Marly.

« Ces chansons qui font l’Histoire » : chroniques diffusées sur France Info et à écouter en ligne : http://eduscol.education.fr/chansonsquifontlhistoire/Seconde-guerre-mondiale.

Liste et versions audio de 60 chansons contre la guerre : http://potethiquealentstics.over-blog.com/2014/08/la-guerre-en-chansons-programme-cpge-scientifiques-2014-2016.html.

https://crdp.ac-bordeaux.fr/cddp24/cnr99/CNRD2016.pdf : Ressources sur le thème « Résister par l’art et la littérature », Concours National de la Résistance et de la Déportation, 2016.

Leçon 3 : L’exil

Leçon 3 : L’exil

Objectif

Être sensible aux enjeux esthétiques et humains d’une œuvre artistique.
Relier des musiques à des événements historiques.
Faire des recherches biographiques.

Compétences mobilisées :

Domaines 1, 3 et 5 du Cycle 4 du Socle commun de connaissances, de compétences et de culture

Ressources :

·         Fiche pour les élèves (PDF) 

À lire avant de commencer cette activité : http://holocaustmusic.ort.org/fr/resistance-and-exile/composers-in-exile/


ACTIVITÉ 1 – La question de l’exil

L’accession des nazis au pouvoir toucha les musiciens de toutes les couches de la société allemande. De nombreux compositeurs, chefs d’orchestre, musicologues, instrumentistes et chanteurs célèbres furent affectés par les actions et lois de plus en plus répressives du régime.

Certains musiciens non menacés choisirent l’« exil intérieur », d’autres, se sentant en danger, quittèrent l’Allemagne. Les compositeurs dont la musique avait été décrétée « dégénérée » firent l’objet d’attaques nombreuses. Certains, n’ayant pu fuir à temps, périrent dans des camps de concentration ou des centres de mise à mort.

Quelques pistes de réflexions

Il pourrait être intéressant de soulever quelques questions relatives à la question de l’exil : Pourquoi partir ? Quel pays choisir ? Quelle musique composer dans le pays d’accueil ? Aborder également les risques de l’exil : perte de la langue maternelle, perte de son public, nécessité de s’adapter à la musique du pays d’accueil, obligation d’exercer une activité non-musicale pour subvenir à ses besoins, précarité, barrière de la langue, antimodernisme, racisme et antisémitisme présents dans les pays d’accueil, etc.


ACTIVITÉ 2 – Une œuvre d’exil : l’exemple de Hanns Eisler

Très engagé en faveur du communisme allemand, le compositeur Hanns Eisler est rapidement menacé après l’accession des nazis au pouvoir ; il quitte l’Allemagne dès 1933 pour divers pays avant d’arriver aux États-Unis. Alors que sa musique de l’Allemagne des années 1920 était très militante, certaines œuvres de l’exil signent un retour à la modernité de son maître Arnold Schönberg, notamment sa mélodie « Über die Dauer des Exils » (« Sur la durée de l’exil »), composée en 1939 sur un texte de son ami Bertolt Brecht : https://www.youtube.com/watch?v=2ix9LDy44B0

Über die Dauer des Exils
Traduction française :  Gilbert Badia, Claude Duchet

1. Ne plante pas de clou au mur !

Jette ta veste sur la chaise !
Pourquoi prévoir pour quatre jours ?
C’est demain que tu rentreras.

2. Laisse sans eau le petit arbre !
À quoi bon en planter un autre
Avant qu’il soit aussi haut qu’une marche
Tu t’en iras gaiement d’ici.

3. Baisse ta casquette si tu croises des gens !
Pourquoi feuilleter un lexique étranger ?
La nouvelle qui va te rappeler chez toi
Est d’une langue que tu sais. 

4. La chaux s’effrite sur la poutre
Ne fais rien pour t’y opposer !
Ainsi pourrira la haie de violence
Dressée aux frontières contre la justice

Analyse

Montrer les thèmes que cette composition soulève : difficultés d’intégration, espoir en une fin rapide du régime nazi, attente de rentrer au pays, etc.

Musicalement, la pièce est strophique (4 couplets à la mélodie identique, sans refrain), mais dans une esthétique atonale très moderne, dans le sillage de Schönberg. Cela est dû à la liberté d’Eisler de composer comme il le souhaite, et non de s’adresser à un public politisé par le biais d’une musique à visée propagandiste. On pourra comparer cette composition avec un « chant de combat » communiste composé par Eisler dans les années 1920, par exemple :

- « Solidaritätslied » (Chant de Solidarité ») : https://www.youtube.com/watch?v=Zb0XrYsCDEE

- « Kampflied gegen den Faschismus » (« Chant de combat contre le fascisme ») : https://www.youtube.com/watch?v=i5IpBFXcIYA


ACTIVITÉ 3 – Parcours de compositeurs

En s’aidant des ouvrages de référence et des notices biographiques disponibles en français sur le site à la rubrique « Artistes » (sections « Politiques » et « Émigrés »), faire établir le parcours de quelques compositeurs en exil pour des raisons politiques ou victimes de l’antisémitisme du régime nazi, dans divers pays du monde, avec les questions suivantes :

  • Raisons de l’exil
  • Évolution esthétique en exil ?
  • Œuvres engagées durant la période d’exil ?
  • Retour en Allemagne ou en Autriche après la guerre ?
  • Quelques œuvres marquantes de la période d’exil

Ressources

Documentaire : Exils : de Hitler à Hollywood, Karen Thomas, 2006.


Ouvrages de référence

Holz, Keith & Schopf, Wolfgang, Allemands en exil, Paris 1933-1941. Écrivains, hommes de théâtre, compositeurs, peintres photographiés par Josef Breitenbach, Paris, Autrement, 2003.

Huynh, Pascal (dir.), Le Troisième Reich et la Musique, cat. exp., Paris, Fayard, 2004.

Kater, Michael, Huit portraits de compositeurs sous le nazisme, trad. fr. Sook Ji et Martin Kaltenecker, Paris, Contrechamps, 2012.

Petit, Élise et Giner, Bruno, « Entartete Musik ». Musiques interdites sous le IIIe Reich, Paris, Bleu Nuit, 2015.


Biographies

Derny, Nicolas, Erich Wolfgang Korngold, Itinéraire d’un enfant prodige, Genève, Papillon, 2008.

Fischbach, Fred (dir.), Hanns Eisler. Le Musicien et la politique, Paris, Peter Lang, 1999.

Huynh, Pascal, Kurt Weill de Berlin à Broadway, Paris, Plume, 1993.

Stuckenschmidt, Hans Heinz, Arnold Schoenberg, trad. fr. Hans Hildenbrand, Paris, Fayard, 1993.